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D'où vient la tradition de la poignée de main ? L'histoire surprenante de la salutation

4 min de lecture20 septembre 2026· 11 vues

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Sommaire
  1. Un geste de confiance dans la Grèce antique : la dexiosis
  2. Pourquoi la main droite ?
  3. La force de la poignée de main : que révèle une poignée ferme ?
  4. Du Moyen Âge à l'époque moderne : sceller un accord
  5. La contribution inattendue des quakers
  6. Un rituel qui varie selon les cultures
  7. Un réflexe remis en question après la pandémie
  8. Sources

Vous tendez la main en entrant dans un entretien d'embauche, en retrouvant un ami ou en concluant un accord. La poignée de main est devenue un réflexe si naturel que nous n'y pensons même plus. Pourtant, derrière ce geste simple se cache une histoire de plusieurs millénaires, qui va de la preuve de ne pas porter d'arme à la lutte pour l'égalité sociale.

Un geste de confiance dans la Grèce antique : la dexiosis

Les plus anciennes preuves dont disposent les archéologues montrent qu'un geste similaire à la poignée de main était pratiqué dans la Grèce antique dès le Ve siècle avant notre ère. Les Grecs appelaient ce geste « dexiosis », un mot dérivé de « dexios », qui signifie « main droite ».

La dexiosis était plus qu'une simple salutation. Sur une stèle funéraire exposée au musée de Pergame à Berlin, un soldat partant pour la guerre est représenté serrant la main de sa famille. D'autres stèles montrent le défunt serrant la main des dieux ou des vivants au moment de passer dans l'au-delà. La dexiosis portait ainsi un large éventail de significations, de l'adieu entre mortels au lien noué avec les dieux. L'important était que ce geste impliquait un statut égal entre les deux parties : les dieux serraient la main des dieux, les guerriers celle des guerriers.

Un geste similaire apparaît aussi à l'époque romaine : les Romains appelaient cette poignée de main « dextrarum iunctio » et l'utilisaient notamment lors des cérémonies de mariage pour symboliser la fidélité et l'union entre les époux. Cette image était fréquemment gravée sur les sarcophages et les pièces romaines, devenant un symbole représentant la sainteté du mariage.

Pourquoi la main droite ?

Ce n'est pas un hasard si la poignée de main se fait presque universellement avec la main droite. Au fil de l'histoire, la grande majorité des gens étaient droitiers, ce qui faisait de la main droite celle qui tenait aussi l'épée ou le poignard. Tendre ouvertement sa main droite à quelqu'un transmettait ce message : « Je ne porte pas d'arme, je ne te veux aucun mal. »

Dans l'Europe médiévale, cette préoccupation sécuritaire s'est encore concrétisée. On raconte que chevaliers et marchands, après s'être serré la main, secouaient le bras de haut en bas pour vérifier que l'autre ne dissimulait pas une lame dans sa manche. On pense que le mouvement de balancement que nous faisons encore aujourd'hui en serrant la main remonte à cette pratique sécuritaire.

La force de la poignée de main : que révèle une poignée ferme ?

Les recherches montrent que la poignée de main est plus qu'une tradition : c'est aussi un puissant outil de formation d'impression. Une étude souvent citée, publiée en 2000, a établi un lien direct entre le style de poignée de main et la première impression : une poignée plus ferme, accompagnée d'un contact visuel, laissait une impression plus positive et plus assurée chez l'interlocuteur. Cette découverte explique pourquoi une « bonne poignée de main » reste aujourd'hui si valorisée dans le monde des affaires.

Fait intéressant, les études montrent que les femmes qui serrent la main aussi fermement que les hommes laissent des impressions tout aussi positives, ce qui suggère que la poignée de main est devenue, avec le temps, un marqueur d'égalité entre les sexes. Dans certaines cultures, la durée et la force de la poignée de main ont aussi un sens : dans certaines régions du Moyen-Orient, une poignée plus longue et plus douce signale la chaleur, tandis que dans des pays comme l'Allemagne, on préfère une poignée courte, unique et ferme.

Du Moyen Âge à l'époque moderne : sceller un accord

Tout au long du Moyen Âge, la poignée de main servait aussi à sceller des accords verbaux. À une époque où les contrats écrits n'étaient pas toujours possibles et où l'alphabétisation n'était pas répandue, une poignée de main entre deux parties avait la valeur d'une parole d'honneur. Les accords commerciaux entre marchands, les contrats de mariage et les traités de paix étaient souvent finalisés par une poignée de main — ce qui explique aussi pourquoi ce geste signifie encore aujourd'hui « c'est d'accord ». Les accords verbaux scellés par une poignée de main sont encore aujourd'hui appelés « handshake agreement » en droit anglo-saxon, et certains tribunaux les ont reconnus comme contraignants dans des litiges commerciaux.

La contribution inattendue des quakers

La Société religieuse des Amis, connue sous le nom de quakers, fondée en Angleterre dans les années 1650, a joué un rôle clé dans l'acquisition par la poignée de main de son statut social actuel. Croyant en l'égalité de tous les êtres humains devant Dieu, les quakers refusaient par principe de s'incliner ou d'ôter leur chapeau devant ceux considérés comme socialement « supérieurs ».

Ils saluaient au contraire toute personne rencontrée — quel que soit son statut social, son sexe ou son titre — par une simple poignée de main. Au XVIIIe siècle, en particulier en Amérique du Nord, cette pratique quaker a contribué à populariser la poignée de main comme une forme de salutation plus « démocratique », remplaçant les révérences hiérarchiques. Avec l'urbanisation des sociétés lors de la révolution industrielle et le mélange croissant des classes sociales, la poignée de main a largement supplanté les gestes hiérarchiques tels que les révérences.

Un rituel qui varie selon les cultures

Si la poignée de main est aujourd'hui la salutation standard du monde des affaires et de la vie quotidienne dans les sociétés occidentales, elle n'est pas l'unique mode de salutation universel. L'inclinaison (ojigi) au Japon, le namasté mains jointes en Inde, ou le baisemain dans certaines régions du Moyen-Orient restent des traditions bien vivantes. La mondialisation a introduit la poignée de main dans le monde des affaires de ces cultures, sans pour autant remplacer entièrement les salutations locales.

Même dans le monde des affaires, il n'existe pas de poignée de main universellement « correcte » : aux États-Unis, une poignée ferme avec deux ou trois mouvements est considérée comme la norme, tandis qu'en France on préfère une poignée plus courte et unique. Ces petites différences montrent pourquoi la sensibilité culturelle est importante lors de réunions d'affaires internationales.

Un réflexe remis en question après la pandémie

La pandémie mondiale de 2020 a remis en question ce geste resté incontesté pendant des siècles. En raison du risque de transmission de maladies, de nombreux lieux de travail et communautés ont temporairement abandonné la poignée de main, expérimentant des alternatives comme le contact du coude ou le hochement de tête. Pourtant, des études montrent que ces alternatives ne parviennent pas à reproduire pleinement la capacité de la poignée de main à transmettre confiance et chaleur humaine. Une habitude vieille de plusieurs millénaires ne s'abandonne pas si facilement.

En définitive, ce petit geste que nous accomplissons sans y penser porte les strates d'une histoire riche : de l'instinct de prouver qu'on ne porte pas d'arme à la lutte pour l'égalité sociale. La prochaine fois que vous tendrez la main, rappelez-vous que vous répétez un rituel vieux de plusieurs millénaires.

Sources

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Questions fréquentes

Quand la tradition de la poignée de main a-t-elle commencé ?

Les preuves archéologiques montrent qu'un geste semblable à la poignée de main, appelé « dexiosis », était pratiqué dans la Grèce antique dès le Ve siècle avant notre ère.

Pourquoi serre-t-on la main droite ?

La plupart des gens étant droitiers au fil de l'histoire, et la main droite étant aussi celle qui tenait les armes, tendre la main droite ouverte est devenu un geste signalant l'absence d'arme et de bonnes intentions.

Quel est le lien entre les quakers et la tradition de la poignée de main ?

Les quakers des XVIIe-XVIIIe siècles, croyant en l'égalité sociale, refusaient les salutations hiérarchiques comme les révérences et serraient la main de tous, jouant un rôle clé dans la diffusion de ce geste.

D'où vient le mouvement de balancement lors de la poignée de main ?

On pense qu'il remonte à la pratique médiévale consistant à secouer la main jointe pour vérifier que l'autre ne cachait pas une arme dans sa manche.

La poignée de main est-elle utilisée comme salutation dans toutes les cultures ?

Non. D'autres traditions de salutation restent répandues, comme l'inclinaison au Japon ou le namasté en Inde ; la poignée de main s'est introduite dans le monde des affaires de ces cultures via la mondialisation, sans remplacer entièrement les coutumes locales.

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