Qu'est-ce que l'assouplissement quantitatif ?
L'assouplissement quantitatif (QE) est un instrument de politique monétaire "non conventionnel" auquel une banque centrale recourt lorsqu'elle ne peut plus abaisser son taux directeur. Elle achète alors massivement des obligations d'État - et parfois des titres de dette privée - directement sur le marché, injectant ainsi des liquidités fraîches ("monnaie banque centrale") dans le système bancaire. L'objectif est de faire baisser les taux d'intérêt à long terme, d'assouplir les conditions de crédit et de relancer une économie qui glisse vers la récession.
Le terme "quantitatif" n'est pas un hasard : plutôt que de cibler un prix - le taux d'intérêt -, la banque centrale cible ici une quantité, le volume d'actifs qu'elle va acheter. C'est pourquoi le QE est souvent décrit comme une "seconde ligne de défense", activée une fois les baisses de taux classiques épuisées.
Le mécanisme : de l'achat d'obligations à l'économie réelle
Comment le bilan grossit
Lorsque la banque centrale achète une obligation sur le marché, elle ne paie pas en espèces : elle crédite de nouvelles réserves sur le compte de la banque vendeuse auprès d'elle-même. Cette opération fait gonfler simultanément les deux côtés du bilan de la banque centrale - l'actif (les obligations détenues) et le passif (les réserves dues). Les bilans des grandes banques centrales, qui se comptaient en centaines de milliards de dollars avant 2008, ont ainsi atteint plusieurs milliers de milliards au fil des vagues successives de QE.
La pression sur les taux et les rendements
Lorsque la banque centrale absorbe une part importante des obligations en circulation, la demande - et donc le prix - de celles qui restent augmente. Le prix et le rendement d'une obligation évoluant en sens inverse, cela se traduit par une baisse des taux longs. Des rendements obligataires plus faibles tirent à leur tour vers le bas le coût des crédits immobiliers, de l'endettement des entreprises et du crédit en général, tandis que les investisseurs, en quête de meilleurs rendements, se tournent vers des actifs plus risqués comme les actions et les obligations d'entreprise. Ce second effet est appelé le "canal de rééquilibrage de portefeuille".
Quand et pourquoi y recourt-on ?
La crise financière mondiale de 2008
L'usage moderne le plus connu du QE a suivi la crise de 2008, lorsque la Réserve fédérale américaine, la Banque d'Angleterre puis la Banque centrale européenne ont lancé de vastes programmes de rachats d'actifs. Alors même que les taux directeurs étaient déjà proches de zéro, les marchés du crédit s'étaient figés et les banques hésitaient à se prêter entre elles. En intervenant directement sur les marchés obligataires, les banques centrales cherchaient à relancer les rouages grippés du système financier.
La pandémie de 2020
Quand le Covid-19 a brutalement stoppé l'activité économique en 2020, les banques centrales du monde entier ont déployé les programmes de QE les plus rapides et les plus massifs de l'histoire. Le bilan de la Fed a gonflé de plusieurs milliers de milliards de dollars en quelques mois, soutenant à la fois les marchés obligataires publics et privés - et facilitant indirectement le financement des vastes plans de relance budgétaire lancés au même moment par les gouvernements.
Effets et controverses
Le risque inflationniste
L'effet secondaire le plus débattu du QE est que les liquidités injectées dans l'économie peuvent, avec le temps, pousser le niveau général des prix à la hausse. Entre 2020 et 2022, la conjonction de politiques monétaires expansionnistes et de perturbations des chaînes d'approvisionnement est souvent citée parmi les facteurs à l'origine de la plus forte poussée inflationniste mondiale depuis des décennies. La relation entre QE et inflation est cependant loin d'être linéaire : entre 2008 et 2015, des programmes de taille comparable ont été menés sans que l'inflation ne dépasse durablement son objectif - elle est même restée en dessous pendant des années.
Prix des actifs et inégalités
En faisant baisser les rendements obligataires, le QE pousse les investisseurs vers les actions et l'immobilier, ce qui tend à gonfler le prix de ces actifs. Les critiques estiment que cela enrichit de façon disproportionnée les ménages qui détiennent déjà un patrimoine financier, tandis que les salariés en profitent bien moins. Cette question - le QE creuse-t-il les inégalités de revenus ? - alimente un débat de politique économique toujours d'actualité.
Le chemin du retour : le resserrement quantitatif
Une fois l'économie rétablie, les banques centrales sortent généralement du QE en deux temps. D'abord le "tapering", pendant lequel les nouveaux achats d'actifs sont progressivement réduits. Puis, lors de la phase de "resserrement quantitatif" (QT), la banque centrale réduit son bilan, soit en laissant arriver à échéance les obligations détenues sans les réinvestir, soit en les vendant directement. Ce retrait de liquidités du marché provoque généralement des hausses temporaires des rendements obligataires et de la volatilité.
Répercussions sur les économies émergentes
Les programmes de QE des grandes banques centrales ne restent pas confinés à leurs frontières : ils façonnent directement les flux de capitaux mondiaux. Lorsque les liquidités deviennent abondantes et peu rémunératrices aux États-Unis ou dans la zone euro, les investisseurs partent en quête de rendements plus élevés sur les marchés obligataires et actions des pays émergents. Cette "quête de rendement" peut accélérer à court terme les entrées de capitaux dans les économies émergentes et renforcer leurs monnaies ; mais dès que les grandes banques centrales commencent à sortir du QE et à relever leurs taux, ces mêmes capitaux peuvent refluer tout aussi vite. Les turbulences de marché survenues après l'annonce par la Fed, en 2013, d'une réduction progressive de ses achats d'actifs - épisode resté dans les mémoires sous le nom de "taper tantrum" - ont provoqué de fortes dépréciations des devises émergentes et restent l'un des exemples les plus frappants de cette dépendance. C'est pourquoi des institutions comme le FMI rappellent régulièrement l'importance, pour les grandes banques centrales, de tenir compte de ces effets de contagion transfrontaliers dans leurs décisions de politique monétaire.
À ne pas confondre avec la "planche à billets"
Dans le débat public, le QE est souvent résumé par l'idée que "la banque centrale fait tourner la planche à billets", mais cette image ne reflète pas fidèlement le mécanisme réel. La nouvelle monnaie créée par le QE ne prend pas la forme de billets physiques : elle existe sous forme d'écriture électronique sur les comptes de réserve des banques auprès de la banque centrale, et ces réserves n'entrent pas automatiquement en circulation. Que ces réserves se traduisent ou non par des dépenses de consommation ou des investissements dépend de la mesure dans laquelle les banques choisissent de prêter cette liquidité supplémentaire. Le fait que les banques aient largement préféré conserver ces réserves plutôt que de les prêter massivement entre 2008 et 2015 est souvent cité comme l'une des principales raisons pour lesquelles l'effet du QE sur l'inflation est resté plus limité que prévu.
Conclusion
L'assouplissement quantitatif est l'un des outils les plus puissants - et les plus controversés - dont disposent les banques centrales une fois les baisses de taux classiques épuisées. Largement crédité d'avoir amorti les crises financières et évité des récessions plus profondes, ses effets sur l'inflation, les bulles d'actifs et la répartition des revenus continuent de diviser les économistes.

